La menace est bien réelle : le Pentagone envisage de revoir la présence militaire américaine dans les États européens de l’Alliance atlantique. La possibilité d’une réduction du nombre de soldats, de bases et de capacités militaires semble désormais très concrète. La date prévue pour connaître l’avenir de la présence militaire américaine en Europe est le 6 novembre, date à laquelle le Pentagone présentera au moins quatre options de déploiement. Les relations entre les États européens et le président Trump sont tendues, et les pays de l’Alliance atlantique craignent une réduction significative du nombre de soldats présents sur leur territoire, où sont actuellement stationnés environ 80 000 soldats américains. La véritable menace réside dans les sanctions que pourraient subir les pays n’ayant pas apporté le soutien demandé par la Maison-Blanche dans le conflit iranien. D’un point de vue politique, la décision des pays européens de ne pas céder leurs bases était justifiée, car l’administration américaine avait déclenché une guerre sans en informer ses alliés, contrairement au protocole, et donc sans tenir compte d’éventuels désaccords, pourtant inévitables. Même d’un point de vue réglementaire, le droit de survol, de stationnement et d’atterrissage des aéronefs militaires américains, inscrit dans les traités de l’Alliance, a été respecté dans les circonstances où il a été refusé. Cependant, l’aversion de Trump pour les règles et les procédures est notoire, et ses refus ont été perçus comme des affronts personnels par le président américain. Une interprétation possible est que l’administration américaine souhaite renégocier les conditions d’utilisation des bases étrangères, menaçant de réduire sa présence en Europe. Selon les membres de l’Alliance atlantique, une réduction unilatérale des troupes américaines serait impossible sans accords préalables, mais les intentions de Trump étaient déjà manifestes dès sa prise de fonctions, lorsqu’il a reproché aux membres européens de l’Alliance de ne pas contribuer suffisamment au budget et de laisser l’essentiel de l’effort aux États-Unis. La stagnation des investissements européens dans la défense est un fait, tout comme le fait que, depuis de nombreuses années, la défense de l’Europe soit pratiquement entièrement déléguée aux États-Unis. La politique américaine ne peut toutefois pas, à l’heure actuelle, se désengager trop de l’Europe, surtout maintenant qu’elle s’est engagée sur la voie de sanctions plus sévères contre l’Iran. Un soutien accru sera nécessaire de la part des pays européens, notamment pour contenir la Russie, qui se rangera vraisemblablement du côté de Pékin et de Téhéran. En tout état de cause, les États-Unis n’exigeront pas, en contrepartie, un élargissement des accords européens sur les bases, mais plutôt une approche différente, en leur faveur, sur les questions liées à l’espace, à la cybersécurité et aux infrastructures de renseignement. Si les États européens doivent faire des concessions, ils doivent accélérer le processus d’émancipation de la défense américaine et devenir des entités de plus en plus autonomes. Ce processus ne peut être instantané ; il nécessite des investissements économiques et une réglementation politique. Il ne s’agit pas de suspendre l’alliance avec les États-Unis, mais plutôt de se prémunir contre ceux qui ne partagent pas la nécessité d’un acteur européen de premier plan. La guerre en Ukraine, malgré son caractère dramatique, peut favoriser ce processus, grâce au vide laissé par les Américains, vide que seul un acteur européen peut combler, car il est géographiquement plus proche et donc plus impliqué.
Categoria: Version française
Le Royaume-Uni prend le relais des États-Unis dans le dossier ukrainien.
À l’occasion du trente-cinquième anniversaire de l’indépendance de l’Ukraine, le Premier ministre britannique Andy Burnham a fait une promesse politiquement significative : le Royaume-Uni fournira à Kiev les plans de production de missiles à longue portée. Cette mesure, conjuguée à la déclassification d’informations concernant les composants des missiles Storm Shadow, permettra la mise en place de chaînes de production sur le sol ukrainien. Cette autonomie permettra aux forces ukrainiennes de surmonter les difficultés liées à l’approvisionnement en matériel pré-assemblé à usage limité. La portée de ces missiles est d’environ 250 km et, en théorie, leur permet d’atteindre des cibles en profondeur en territoire russe. Ce nouvel élément devrait contraindre les bases logistiques russes situées immédiatement derrière les lignes de front à se replier, ralentissant ainsi les voies d’approvisionnement déjà saturées. De plus, moyennant quelques ajustements, il serait possible de toucher des bases encore plus stratégiques à l’intérieur des terres, loin de Moscou. Toutefois, d’un point de vue militaire pratique, ces avantages ne seront pas immédiats, car la mise en place des chaînes de production nécessite un délai conséquent, qui pourrait se compter en mois, voire en années. L’importance de cette affaire, comme nous l’avons déjà souligné, est pour l’instant exclusivement politique, car la remise des plans de construction de missiles à Kiev signifie que Londres met la pression sur le Kremlin, même si les conséquences sur la reconfiguration du dispositif de défense russe sont encore lointaines. Mais les implications politiques concernent non seulement les relations entre le Royaume-Uni et la Russie, mais aussi entre Londres et Bruxelles, le Premier ministre britannique semblant très déterminé à renforcer les relations avec l’Union européenne. De plus, l’Ukraine a explicitement déclaré qu’elle représente la première ligne de défense de l’Europe contre le néo-impérialisme russe. En matière de politique étrangère, Londres semble désireuse de reprendre le rôle de chef de file de la défense européenne abandonné par Washington. Le Royaume-Uni n’est d’ailleurs pas seul ; la coalition des pays volontaires, qui comprend également la France et l’Allemagne, a réaffirmé sa volonté de déployer des troupes comme forces de maintien de la paix en Ukraine une fois le conflit terminé. La grande incertitude qui entoure la position américaine sur le conflit ukraino-russe a conduit à une position européenne plus résolue en faveur de Kiev, ce qui apparaît presque comme un exercice préparatoire, une étape nécessaire au désengagement progressif des États-Unis du vieux continent. Cela s’est concrétisé par un engagement financier constant, mais pas seulement : la lutte contre le trafic de pétrole russe a également subi de lourdes pertes, privant la Russie d’environ 495 milliards de dollars de recettes qui auraient servi à financer le conflit. En matière d’investissements concrets, les pays nordiques et baltes ont finalisé un plan commun de défense aérienne, notamment pour protéger l’Ukraine. La Commission européenne a débloqué 6,1 milliards d’euros supplémentaires pour l’acquisition par Kiev de systèmes de missiles franco-italiens SAMP/T, qui renforceront ses capacités de défense aérienne. Grâce à cette allocation, l’Union européenne a investi plus de 22 milliards d’euros dans l’aide militaire à l’Ukraine. Cet investissement s’ajoute aux 9,2 milliards d’euros alloués par la Norvège en 2026 et qu’elle renouvellera en 2027, inscrivant ainsi son soutien à Kiev dans un programme d’État. Bien que certains pays semblent encore timides dans leur soutien à l’Ukraine, le processus paraît bien engagé et, grâce à des investissements soutenus et ciblés, pourrait devenir un programme d’émancipation vis-à-vis des États-Unis, dont l’attention envers l’Europe s’est considérablement réduite.
Le conflit malavisé de Trump avec l’Iran
À l’heure actuelle, les négociations semblent vouées à l’échec, et la situation ne cesse de s’aggraver. Le dernier développement en date est l’entrée en scène des Houthis, une menace qui est passée de latente à concrète. Pendant la campagne électorale, Trump avait critiqué à maintes reprises les guerres américaines dans des pays lointains : aujourd’hui, le président américain est au cœur du conflit, malgré ses promesses répétées de ne pas impliquer les États-Unis une fois à la Maison-Blanche. De plus, outre sa promesse de ne pas déclencher de guerre, il avait promis de mettre fin à celles en cours. Malheureusement, la vérité est claire pour tous : les ambitions du président ont entraîné une flambée des prix du pétrole et plongé le monde dans une récession économique, avec des conséquences sur l’émigration future, car les pénuries alimentaires sont quasi inévitables, le blocus affectant également les engrais. La principale erreur a été de comparer le Venezuela à l’Iran, où l’on croyait le régime plus faible. Or, ce dernier a su réagir, tant sur le plan intérieur qu’extérieur, faisant preuve d’une résilience inattendue. De plus, les États-Unis, qui ont initialement cherché à empêcher le développement nucléaire, constatent un changement dans les motivations du conflit, désormais orienté vers la libre circulation des marchandises, principalement du pétrole. Si le contrôle du transit par les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb était assuré, la part du pétrole mondial bloquée ou soumise au contrôle de l’Iran et de ses alliés houthis atteindrait environ 30 %, avec des conséquences encore plus graves pour l’économie mondiale. Cela pourrait transformer le conflit et potentiellement impliquer d’autres puissances géographiquement éloignées de la région. Pour l’instant, cependant, le conflit stagne en raison de la relative rareté des armes disponibles de part et d’autre. L’Iran poursuit une stratégie consistant à engager son adversaire par des attaques ne nécessitant pas de dépenses économiques, tandis que les États-Unis, politiquement incapables de financer une attaque terrestre, voient leur stratégie de bombardements ciblés perdre progressivement en efficacité. Les élections de mi-mandat prévues en novembre aux États-Unis pèsent sur cette situation, alors que la cote de popularité de Trump est actuellement très basse. Téhéran exploite cette situation, contraignant la Maison Blanche à ne pas céder. Cependant, cela laisse les États-Unis enlisés au cœur du conflit, avec peu de succès. Quoi qu’il en soit, le résultat est une défaite pour le président américain. Finalement, après avoir dépensé 33 milliards d’euros dans ce conflit, un montant vivement critiqué et jugé insuffisant, Trump pourrait être contraint de céder le détroit d’Ormuz à l’Iran pour mettre fin à la guerre, offrant ainsi une source de revenus inattendue et certainement substantielle à un pays en grave crise économique. Parallèlement, il n’est plus question de priver l’Iran de sa capacité à se doter de l’arme nucléaire. Téhéran parvient à gagner sur deux fronts, et le régime semble de plus en plus stable. On peut dire que Trump a échoué sur tous ses objectifs prédéterminés. Même l’éventualité de confier la gestion de la crise à d’autres acteurs internationaux, une possibilité bien réelle, constituerait un revers politique et diplomatique que le président américain aurait du mal à encaisser. Une solution très dangereuse, qu’il faut espérer ne pas voir se concrétiser, consiste à soutenir le dirigeant israélien dans son désir d’attaquer l’Iran quoi qu’il arrive, une initiative actuellement bloquée par Trump : un scénario qui, en effet, pourrait entraîner le monde vers une issue très triste.
Le danger sunnite pour Israël
Le prochain objectif de la stratégie politique et militaire d’Israël se déplace de l’horizon chiite vers l’horizon sunnite. Tel-Aviv, par le biais de déclarations de divers hommes politiques, y compris des personnalités de premier plan, a explicitement menacé la Turquie, la qualifiant de nouvel Iran et la soumettant au Qatar, tous deux accusés de chercher à étendre leur influence de la Syrie à l’ensemble du Moyen-Orient. La présence de plus de vingt mille soldats turcs en Syrie constitue un obstacle à la poursuite de l’objectif expansionniste que Tel-Aviv s’est fixé après le Liban. L’impossibilité d’un conflit militaire se transforme ainsi en une impasse diplomatique, et ne concerne pas seulement la Turquie et le Qatar ; l’objectif plus large est d’empêcher la formation d’une coalition plus compacte et cohérente de pays sunnites, notamment l’Égypte et l’Arabie saoudite, cette dernière semblant avoir échappé à la tentation des accords d’Abraham précisément en raison des opérations militaires israéliennes sans scrupules. Les effets de l’affaiblissement de l’Iran et de ses alliés ont finalement favorisé une résurgence des idées politiques sunnites. Malgré certaines divergences d’opinions, ils partagent un intérêt stratégique et géopolitique à limiter le rôle d’Israël dans la région au profit d’une nouvelle influence au Moyen-Orient. Ceci a entraîné une restriction de la liberté militaire qu’Israël s’est octroyée avec sa doctrine d’occupation au Liban, suite au carnage en cours à Gaza. Parmi les alliés sunnites figure notamment le Pakistan, un autre acteur qui aspire à une influence internationale toujours plus grande. Cependant, la principale préoccupation de Tel-Aviv est la Turquie, tant pour la capacité de son armée que pour son ambition d’être le moteur de la coalition sunnite, mais surtout pour son appartenance à l’Alliance atlantique, qui rend pratiquement impossible une attaque, même potentielle, d’Israël contre la Turquie. De plus, les relations entre Trump et Erdogan sont actuellement excellentes, ce qui complique considérablement les ambitions d’Israël. Certes, une attaque contre Ankara mettrait à l’épreuve la solidité de l’Alliance atlantique, déjà fragilisée par le président américain. Cependant, une confrontation directe avec l’Europe devrait également dissuader Tel-Aviv de toute attitude méprisante. Il n’en demeure pas moins que cette option ne doit pas être sous-estimée et mérite un examen attentif de la part d’un État qui est devenu, de facto, le protagoniste, au détriment de la justice, de politiques autoréférentielles en matière de droit international et d’usage indiscriminé des armes. La création éventuelle de cette alliance sunnite ramènerait la question palestinienne au premier plan, compte tenu du soutien, au moins déclaré, des pays sunnites à une résolution favorable à un État palestinien. Il convient également de prendre en compte les importantes ressources économiques des pays producteurs de pétrole, qu’ils pourraient consacrer à la reconstruction de Gaza et à la libération des colonies de Cisjordanie, renforçant ainsi leur prestige auprès de l’ensemble des pays sunnites et, plus généralement, auprès de l’opinion publique internationale, qui a isolé Israël, malheureusement uniquement sur le plan moral. Il ne faut pas non plus négliger l’influence que le rayonnement international de la Turquie exercerait sur la scène intérieure, où Erdogan est confronté à des difficultés croissantes, qu’il a toujours cherché à résoudre par la voie de la politique internationale plutôt que par des mesures répressives et étouffant toute dissidence. Au-delà des implications intérieures, qui seront de toute façon suivies de près, il sera nécessaire de surveiller l’évolution de la politique intérieure israélienne afin d’en déterminer l’orientation possible, notamment en cas de défaite du gouvernement actuel. Les menaces du vice-président américain contre Tel-Aviv constituent une première pour le gouvernement de Washington et, jusqu’à présent, n’ont pas produit l’effet escompté. Elles ont néanmoins créé un précédent significatif. Si de nouveaux développements surviennent, conjugués à l’émergence du bloc sunnite, ils représentent un avertissement inquiétant pour Israël : sa réaction reste à déterminer.
Le Parti démocrate se présente comme le seul interlocuteur américain légitime pour l’Europe.
L’opposition démocrate aux agissements de Trump semble garder le silence. On ignore si le parti traverse une crise interne majeure, suite à une défaite aux répercussions internationales due à une mauvaise gestion de campagne, ou si ce silence est une stratégie délibérée pour exposer l’incompétence et la mesquinerie du président et de ses ministres. Ce silence a toutefois été rompu sur la scène internationale, lors de la récente Conférence de Munich sur la sécurité, avec l’intention manifeste de rassurer les dirigeants européens. Ces assurances restent toutefois hypothétiques, car elles reposent sur une victoire souhaitable, mais non acquise, lors des prochaines élections présidentielles américaines. L’objectif principal semble avoir été de dénoncer la trahison du président américain envers ses alliés européens, une tentative claire d’imposer le Parti démocrate comme le seul interlocuteur sérieux des États-Unis auprès des gouvernements occidentaux. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, s’est notamment présenté comme le chef de l’opposition et un candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2028. Selon lui, Trump n’est qu’un homme de passage et quittera ses fonctions dans trois ans. Selon la législation actuelle, ce sera le cas si Trump ne modifie pas les règles en vigueur. Cependant, avec une confirmation républicaine, le vice-président actuel, Vance, entrerait en fonction et pourrait se révéler encore pire, si cela est possible, que l’actuel occupant de la Maison Blanche. Or, même en cas de victoire démocrate, l’Europe ne doit pas se trouver de prétexte pour renoncer à son autonomie. Il est important de rappeler que, bien que de différentes manières, sous Obama comme sous Biden, les États-Unis ont recentré leurs efforts sur l’océan Pacifique, identifiant la Chine comme leur principal rival commercial et géopolitique. Avec Trump, la nature des relations avec l’Europe a changé, marquée par une arrogance sans précédent, mais les objectifs géostratégiques sont identiques à ceux des démocrates. L’Union européenne doit prendre des précautions à tout prix, ne faisant plus confiance à son allié américain, surtout en matière de défense. L’un des « succès » de Trump a précisément été d’accélérer ce processus et de reconnaître que les valeurs du slogan « Make America Great Again » ne correspondent pas aux idéaux fondateurs de l’Union européenne. Mais la relation avec l’Europe, déjà mise à mal par l’affaire du Groenland et les droits de douane, n’est pas le seul point soulevé par les Démocrates : abandonner la lutte contre l’urgence climatique et privilégier la consommation d’énergie issue du pétrole, du gaz et du charbon fait reculer les États-Unis de deux siècles. Ce comportement est particulièrement impopulaire en Europe, de plus en plus sensible au problème de la pollution. La montée des inégalités économiques pousse également les États-Unis vers un autoritarisme galopant, ce qui ne rassure guère leurs partenaires européens. Présenter ces arguments aux pays de l’UE est une étape importante pour renforcer la position des Démocrates auprès des gouvernements occidentaux. Ce qui n’est pas insurmontable : les effets des politiques de Trump ont engendré une grande instabilité dans les relations internationales, qu’il faudra corriger s’il remporte l’élection présidentielle. Cette tendance inverse pourrait se manifester lors des élections de mi-mandat, minant la confiance de Trump. Quoi qu’il en soit, la nécessité pour les Démocrates de se présenter comme des interlocuteurs fiables sert également à rassurer les marchés et à établir dès maintenant des bases fondamentalement différentes avec leurs alliés européens : une opportunité que tous les États membres de l’UE devraient saisir.
Élections hongroises : une victoire d’Orbán obligerait l’Union européenne à prendre des mesures drastiques concernant la Hongrie.
À deux mois des élections hongroises, le Premier ministre sortant, Viktor Orbán, doit se rendre à l’évidence : les sondages indépendants prévoient sa défaite face à son principal rival, Peter Magyar. Les derniers sondages affichent un écart de dix points de pourcentage, ce qui bouleverserait l’actuel équilibre des pouvoirs au Parlement hongrois, où le parti du Premier ministre bénéficie actuellement d’une majorité qualifiée des deux tiers. Ce résultat est contredit par les sondages d’institutions proches du gouvernement, qui, au contraire, donnent le parti du Premier ministre en tête avec six points d’avance. Le scrutin est fixé au 12 avril, et le moment est venu pour Orbán de réaffirmer les points clés de son programme électoral, n’hésitant pas à exagérer certains concepts qu’il juge essentiels à sa victoire. Tandis que son adversaire promet un renforcement de l’adhésion à l’Union européenne et une lutte acharnée contre la corruption, Orbán va jusqu’à affirmer que la véritable menace pour la Hongrie n’est pas la Russie, mais l’Union européenne elle-même, dont elle s’obstine à rester membre et dont les fonds alimentent une économie qu’elle exploite sans scrupules. En effet, le Premier ministre hongrois, malgré ses attaques répétées contre Bruxelles, n’a jamais clairement exprimé son désir de quitter l’Union. Cependant, il n’a pas manqué, même lors de récents rassemblements, de qualifier l’Union européenne de machine oppressive pour son pays, qui, de fait, aurait trop toléré les lois illibérales promulguées durant ses cinq mandats, dont les quatre derniers consécutifs. En réalité, les condamnations par Bruxelles des lois illibérales, notamment dans les domaines de la justice, des droits civiques et de l’information, ont toujours été insuffisantes et n’ont induit aucun changement de cap, contrevenant ainsi à la législation européenne elle-même. La Hongrie demeure l’État membre de l’UE le plus proche de la Russie et le plus hostile à l’Ukraine, et particulièrement proche des positions idéologiques du président américain Trump, d’autant plus que la chancelière allemande a récemment déclaré que l’Europe était en totale contradiction avec les idéaux du mouvement « Make America Great Again ». Dans ce rôle d’opposition interne aux idéaux européens, Budapest peut compter sur la Slovaquie et, plus généralement, sur les partis souverainistes présents à travers l’Europe, qui restent toutefois minoritaires face aux sentiments pro-européens. L’impression générale est que Bruxelles attend l’issue des élections hongroises, sans trop se dévoiler, espérant une victoire des adversaires d’Orbán, qui promettent une intégration européenne plus poussée. Si le Premier ministre actuel l’emporte, des sanctions contre Budapest seront nécessaires, pouvant même mener à une exclusion de l’Union, même si cela impliquerait de modifier la législation en vigueur. Cette éventualité requiert une procédure longue et, dans l’intervalle, la fermeté de Bruxelles pourrait se traduire par une réduction progressive des financements et une diminution de l’importance de la Hongrie au sein de l’Union. Par ailleurs, les programmes visant à accélérer les décisions ne peuvent que faciliter les décisions et les sanctions sévères contre les États membres qui s’éloignent trop des objectifs de l’Union, se contentant d’exploiter ses fonds sans contribuer au développement commun. Une Europe qui doit trouver sa propre dimension d’autonomie, notamment vis-à-vis des États-Unis, mais aussi de la Chine, et capable de contenir la Russie, ne peut tolérer la présence d’éléments perturbateurs tels que la Hongrie ou la Slovaquie actuelles. Une éventuelle victoire d’Orbán conduirait inévitablement à l’isolement de Budapest, et il importe peu qu’elle puisse ou non revenir dans l’orbite russe. Pour l’Europe, cela représentera un allègement considérable.
L’Union européenne doit se doter de son propre arsenal nucléaire.
La seconde présidence de Trump a mis en lumière une posture de défense qui relègue l’Europe au second plan. La survie même de l’Alliance atlantique, telle que nous la connaissions jusqu’à présent, est sérieusement compromise. Cette situation s’accompagne de menaces de droits de douane et de visées sur le Groenland, en totale contradiction avec les normes des relations entre Washington et ses alliés. Seul le traité START sur le nucléaire iranien maintenait un certain ordre en matière d’armement nucléaire. Une fois ce traité expiré, une période d’incertitude s’ouvre et l’Europe devra se doter de sa propre défense nucléaire. La Guerre froide garantissait la protection de toute l’Europe grâce aux États-Unis, mais la situation a changé : nous ne sommes plus dans un contexte bipolaire et, surtout, Trump ne semble pas disposé à utiliser la puissance nucléaire américaine pour défendre le vieux continent contre une éventuelle attaque russe. Le premier effet tangible sur la scène internationale est la fin de l’opposition historique de l’Allemagne à un bouclier nucléaire, non pas national, mais européen. D’autres pays européens, comme la Suède et la Pologne, et certainement les pays baltes, sont également ouverts à la possibilité d’un recours immédiat au bouclier nucléaire français. L’exemple ukrainien est révélateur. Lors de la dissolution de l’Union soviétique, Kiev était la deuxième puissance nucléaire mondiale, précisément du fait de sa proximité avec l’Europe. Ayant cédé l’ensemble de son arsenal nucléaire à la Russie en échange d’un traité de non-agression manifestement violé par Moscou, elle a perdu sa capacité de dissuasion face aux attaques du Kremlin. Pour l’Europe, la solution française et, peut-être, britannique ne représente qu’une mesure transitoire, qu’il convient de dépasser pour renforcer la défense du continent. Cela exige des investissements massifs et une volonté politique adéquate, tant au niveau national que régional, ainsi qu’un changement d’attitude au sein de la société. Habituer les populations non pas à un réarmement traditionnel, mais à l’armement nucléaire, ne fera qu’engendrer de fortes tensions. Se doter de l’arme nucléaire n’est pas chose instantanée ; cela requiert des années et une expertise technique dont l’Union européenne ne dispose peut-être pas. Dans l’immédiat, il est donc impossible d’être totalement indépendant des États-Unis, qu’il faut convaincre de poursuivre la défense européenne. Il est cependant essentiel de commencer dès maintenant à s’organiser pour se doter d’une force de dissuasion nucléaire. Cela contribuera certainement à instaurer un nouvel équilibre en matière de terrorisme, mais ne laissera pas l’Europe sans défense face aux menaces géopolitiques, d’où qu’elles viennent. De plus, bien que ce bouclier soit actuellement assuré par la France, Paris n’entend pas offrir cette protection gratuitement. Cela nécessite des investissements non seulement de la part de la République française, mais aussi du fait que la France conserve l’autorité exclusive de lancer une attaque nucléaire. Cependant, au-delà de ces limitations, qui peuvent même paraître légitimes, l’arsenal nucléaire français ne compte que 290 ogives nucléaires, ce qui constitue une protection limitée comparée aux plus de 4 300 ogives de la Russie et même aux 3 700 ogives des États-Unis. Or, si l’on considère les États potentiellement hostiles, outre les États-Unis, tels que la Russie, la Chine et la Corée du Nord, sans oublier des acteurs comme le Pakistan et l’Inde, qui pourraient avoir intérêt à menacer l’Europe, la nécessité d’un arsenal commun à l’Union européenne devient, malheureusement, urgente et ne peut être différée. L’Union européenne ne dispose actuellement que de peu ou pas de défense contre les menaces de toutes sortes et, ne pouvant plus compter sur la protection américaine, elle est extrêmement vulnérable. De nouveaux accords doivent être établis avec Washington afin de protéger l’Europe pendant la période limitée nécessaire pour devenir une puissance nucléaire à part entière.
Comment la Chine prépare son front intérieur pour relever les défis internationaux
Dans le climat actuel de profonde incertitude internationale, engendré par l’évolution des intentions américaines en matière de géopolitique mondiale, notamment la guerre en Europe et la grande instabilité au Moyen-Orient, la Chine entreprend une réorganisation interne visant à renforcer sa loyauté envers son président Xi Jinping, afin d’affirmer une position chinoise ferme capable d’accroître son poids sur la scène politique mondiale. La nécessité d’uniformiser les opinions des classes dirigeantes se traduit par une série de répressions internes, touchant des officiers supérieurs et des responsables du Parti à tous les niveaux hiérarchiques. Les enquêtes visant des militaires chinois sont monnaie courante en République populaire de Chine et reposent sur des accusations de violations disciplinaires ; en réalité, il s’agit toujours de cas d’insubordination aux directives du Parti, et les récents cas, notamment la destitution de deux généraux de haut rang, ne sont pas nouveaux : Xi Jinping exige une loyauté absolue pour éviter tout compromis avec les directives du Parti et les conséquences potentielles sur les méthodes de combat. Ces mesures ne doivent cependant pas nous faire oublier un possible impact négatif sur les forces armées chinoises. Il est certain qu’à long terme, et c’est un facteur déterminant dans une éventuelle invasion de Taïwan, les changements opérés à la tête de l’armée constituent un investissement dans un endoctrinement politique encore plus poussé et, par conséquent, dans la loyauté des forces armées. Il convient de rappeler que les investissements chinois dans l’armement sont de plus en plus importants : la marine a élaboré des plans d’expansion qui devraient porter le nombre de porte-avions de Pékin à neuf d’ici 2035, et son arsenal nucléaire atteindra au moins mille ogives d’ici 2030. Ces développements pourraient accentuer le désengagement américain du territoire européen, les États-Unis concentrant leurs efforts militaires sur les mers chinoises, la défense des voies maritimes, de Taïwan, de la Corée du Sud et du Japon. Si l’attitude sur le front militaire est particulièrement sévère, celle envers la société civile et politique ne l’est pas moins. En 2025, plus d’un million de personnes ont fait l’objet d’enquêtes, officiellement pour corruption, un phénomène encore trop présent dans le tissu politique chinois, mais qui a souvent dissimulé des malversations politiques, lesquelles doivent être interprétées avant tout comme des formes de dissidence à différents niveaux. Le nombre de personnes faisant l’objet d’une enquête en 2025 est le plus élevé depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, et l’augmentation de soixante pour cent par rapport à deux ans auparavant est particulièrement significative. Fait remarquable, la Chine ne connaît actuellement aucune lutte de pouvoir, mais ce nombre élevé de personnes faisant l’objet d’enquêtes est plutôt lié aux efforts de plus en plus inflexibles du Parti communiste pour maintenir une discipline de fer dans le pays. On ne peut s’empêcher de soupçonner qu’il s’agit d’une tactique fortement inspirée par le président et mise en œuvre par ses plus fidèles conseillers. L’impression générale est que Xi Jinping ne veut pas être pris au dépourvu sur le plan intérieur, cherchant à consolider sa position à l’intérieur du pays afin de pouvoir relever les défis internationaux sans difficulté. Il ne s’agit pas d’une simple possibilité, mais d’une certitude que l’Occident devra évaluer avec soin avant d’entamer toute relation avec la Chine, qui deviendra un bloc monolithique de plus en plus difficile à ébranler.
Pour l’Union européenne, ce sont les dernières chances d’éviter les scénarios de Trump.
Le contexte actuel contraint l’Europe à une profonde introspection sur son retard dans le paysage mondial, où l’écart entre les objectifs à atteindre et ceux déjà réalisés se creuse considérablement. Si la progression du commerce chinois constitue un phénomène préoccupant, malgré des mesures parfois efficaces mises en œuvre, le conflit ukrainien et surtout l’ascension de Trump ont entraîné une réduction progressive du rôle politique de l’Europe, y compris sur le plan économique. Ce phénomène, conjugué aux divisions politiques internes et à l’affaiblissement de son influence militaire, place l’Union européenne face à un risque sérieux de dissolution. Le facteur décisif réside dans l’évolution de la position des États-Unis, qui se positionnent comme un adversaire dont l’objectif principal est précisément la division de l’Union, afin d’éviter d’avoir affaire à une entité cohérente. D’abord la menace de droits de douane, puis l’hésitation face à la guerre en Ukraine, et enfin la menace explicite contre le territoire de l’Union, avec l’intention manifeste de conquérir le Groenland, peut-être même par la force. Force est de constater que l’attitude excessivement diplomatique et conciliante de l’Union à l’égard de Trump n’a produit aucun des effets escomptés. Au contraire, cela a alimenté une hostilité accrue de la part du président américain, du fait de l’impression, voire de la certitude, qu’il a affaire à un partenaire faible et divisé. C’est en partie vrai, et cela tient à la structure inflexible de l’Union, encore trop conditionnée par l’unanimité, et à l’absence de décisions et de lois capables de garantir un gouvernement apte à transcender les intérêts individuels au profit du bien commun. Pour ne pas froisser la Maison Blanche, le dialogue avec la Chine a également été sacrifié, de même que les relations avec Moscou, incapable de sanctionner sérieusement le Kremlin, notamment par le recours aux réserves russes en Europe, laissant ainsi l’Union en état de faiblesse. Mais la position de la Maison Blanche, qui est le pire facteur pour l’Union, était prévisible. Depuis la présidence d’Obama, les intérêts américains se sont de plus en plus concentrés sur l’Est, et la première présidence de Trump ainsi que la dernière campagne présidentielle avaient déjà inquiété les États-Unis quant à une possible nouvelle orientation de leur politique étrangère. Il n’y a eu aucune volonté de mettre en œuvre une autonomie permettant de s’émanciper, même au sein d’une alliance, de l’alliance avec les États-Unis. L’incapacité à développer une indépendance militaire, soutenue par une industrie de guerre européenne adéquate, perpétue la soumission actuelle à Washington. Sur le plan international, l’Union semble trop hésitante à nouer des alliances plus étroites avec des partenaires tout aussi désireux de s’affranchir du joug américain, tels que l’Australie, le Japon et la Corée du Sud. Il est tout aussi nécessaire de renouer des liens étroits avec le Royaume-Uni afin d’obtenir le retour de Londres au sein de l’Union, tout comme il est indispensable d’associer le Canada à Bruxelles pour étendre les frontières de l’Union outre-mer et à la frontière américaine. De telles alliances pourraient attirer des investissements capables de développer des industries de haute technologie, rendant ainsi l’indépendance vis-à-vis des États-Unis une réalité et permettant de contrer la volonté d’imposer des droits de douane sur ses produits, notamment grâce à l’immensité du territoire disponible pour créer des zones commerciales quasi imperméables à l’influence américaine, voire chinoise. L’élément indispensable en Europe pour progresser vers cette situation est sans aucun doute l’abandon progressif de la souveraineté, en particulier sur des questions cruciales telles que la politique étrangère, et donc militaire, ainsi que sur certains aspects de la politique industrielle des États membres. En contrepartie, cela permettrait de jouer un rôle de puissance majeure sur toutes les scènes internationales et de promouvoir les idéaux démocratiques en traitant d’égal à égal avec les grandes puissances, sans être confronté aux menaces et aux désavantages que l’avenir immédiat semble inévitablement réserver.
Les variables et les solutions pour la relance européenne
Quels défis l’Union européenne doit-elle relever pour maintenir le rôle qu’elle attend sur la scène internationale ? L’élection de Trump, la montée en puissance commerciale de la Chine et la guerre en Ukraine aux frontières de l’Union ont accentué ce que chacun savait déjà : le déclin progressif de son poids économique, son influence militaire déclinante et l’inadéquation d’une politique étrangère de plus en plus divisée. À cela s’ajoute la sous-estimation de la source des menaces qui pèsent sur l’Europe, Washington n’ayant jamais été considéré comme un adversaire politique visant à dissoudre l’ordre européen actuel. L’absence de progrès dans les relations avec la Chine, l’inaction concrète face à la Russie, notamment concernant l’utilisation des réserves de la Banque centrale russe en Europe, et enfin le manque de réponse décisive face à l’imposition de droits de douane américains, ont considérablement terni l’image de Bruxelles. Cette situation n’est cependant pas apparue soudainement : l’engagement direct des gouvernements américains dans la défense européenne, par le biais d’investissements et de personnel, n’a jusqu’à présent pas été remis en question, malgré les signaux d’alarme déjà présents sous la présidence d’Obama, qui avait déplacé les intérêts étrangers américains du Vieux Continent vers l’Asie du Sud-Est. Ceci est étroitement lié à l’absence d’une posture européenne capable de s’émanciper proactivement de son allié américain. D’où la nécessité de promouvoir des partenariats de protection, pouvant se traduire par des scénarios de prévention et de dissuasion, fondés également sur une coopération internationale renforcée, non seulement entre États ou entités supranationales, mais aussi entre entités privées jouant un rôle stratégique dans des secteurs bien définis. Des alliances, tant économiques que militaires, doivent être conçues et créées avec des alliés potentiels tels que l’Australie, la Corée du Sud, le Japon et, bien sûr, le Royaume-Uni. Le Canada mérite une analyse distincte : grâce à ses fortes affinités politiques et culturelles, il pourrait jouer un rôle clé dans un engagement accru avec l’Europe, allant même jusqu’à envisager l’adhésion d’Ottawa comme membre à part entière de l’Union européenne. Cela étendrait la sphère d’influence de Bruxelles jusqu’aux frontières américaines, précisément dans le but de contenir les États-Unis, si d’autres présidences similaires venaient à se succéder. Dans cette perspective, face à un G7 dominé par l’unilatéralisme de la Maison Blanche, qui en a quasiment fait un instrument politique, la recherche de solutions alternatives pourrait servir l’intérêt commun de tous les pays souhaitant contrer la concurrence américaine fondée sur des droits de douane inéquitables. La nécessité de réduire les dépendances stratégiques en matière de biens et de services s’accompagne de la capacité d’attirer des investissements permettant un développement significatif des secteurs stratégiques grâce à la création et au développement d’industries locales à forte valeur ajoutée, telles que l’aérospatiale, la défense et le secteur médical, capables d’offrir des rendements financiers adéquats aux investisseurs. La première étape consiste à améliorer les procédures de gouvernance, en abandonnant l’exigence d’unanimité pour les décisions à la majorité qualifiée et en assurant une sélection plus rigoureuse des nouveaux membres et des membres actuels, qui ne pourront influencer la politique communautaire avec des valeurs manifestement contraires aux principes fondateurs et aux nouveaux défis qui se présentent. L’objectif doit être une organisation supranationale avec un transfert progressif de souveraineté, capable de promouvoir une politique étrangère commune et de disposer d’une force armée unique dotée de capacités d’intervention rapide. Cette organisation évoluera progressivement vers une entité de plus en plus unifiée, capable de représenter les intérêts de tous les peuples d’Europe et d’ailleurs, et de jouer un rôle majeur sur la scène internationale.
